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Tunisie: retour sur la culture (3) l'Arianisme

Dans un esprit d'apaisement, je vous partage quelques grands moments de la culture tunisienne.
Savez-vous que la Tunisie berbère a développé la religion arienne à laquelle remonte celle des Cathares? Savez-vous que l'arianisme berbère était répandu sur toutes les terres futures du Califat de Cordoue, et même au delà? Savez-vous que l'Eglise Unitarienne en est aujourd'hui l'héritiè
re?

L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, due à Arius, théologien alexandrin au début du IVe siècle1, et dont le point central concerne les positions respectives des concepts de « Dieu le père » et « son fils Jésus ». La pensée de l'arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d'abord humain, mais un humain disposant d'une part de divinité.

Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l'arianisme. Il fut dès lors qualifié d'hérésie par les chrétiens trinitaires, mais les controverses sur la nature divine et humaine du Christ se prolongèrent pendant plus d'un demi-siècle.

Tunisie: retour sur la culture (3) l'Arianisme

Origines

L'arianisme est une doctrine due à Arius (256-336), théologien alexandrin d'origine berbère2 de langue grecque de l'École théologique d'Antioche.

À l'époque, il n'existe pas encore de dogme obligatoire de la relation entre le « Père » et le « Fils ».

L'origine de la christologie arienne reste discutée. Ses premiers détracteurs la présentaient comme l'enseignement de Paul de Samosate, déjà condamné par plusieurs synodes locaux en particulier à Antioche, en 319, mais qui gardait des partisans3. Le premier arianisme adopte le point de vue d'Origène : le subordinatianisme, selon lequel le Fils n'est pas de la même substance que Dieu, qui est incréé et intemporel, alors que Jésus est créé et, en tant qu'humain, éphémère. Si le Fils témoigne de Dieu, il n'est pas Dieu, et si le Fils possède un certain degré de divinité, elle est de moindre importance que celle du Père. Pour Arius, le Père seul est éternel : le Fils et l'Esprit ont été créés.

Les ariens ne professent donc pas la consubstantialité, adoptée ultérieurement par les Églises.

Les arguments de l'arianisme philosophique sont issus du Moyen-platonisme sur l'absolu et la transcendance divine, et suivent une théologie négative pour s'orienter vers un strict monothéisme où Dieu est hors d'atteinte par les seuls moyens d'appréhension de l'être humain.

Arius naît en Cyrénaïque dans la Pentapole2. Il étudie avec son ami Eusèbe de Nicomédie auprès de Lucien d'Antioche.

A l'âge de 55 ans, il est ordonné diacre en 308 par Pierre d'Alexandrie puis nommé prêtre en 311 par Achille. En 314, on lui confie la communauté chrétienne du nom de Baucalis près du port d'Alexandrie. On lui reconnait un excellent comportement pendant la grande persécution de Dioclétien et de ses successeurs. Cette persécution commence en 303 et ne se termine qu'à l'élection de Constantin Ier et l'édit de tolérance de Galère en 311.

Arius

Arius commence, en 312, à professer une doctrine qui se résume en quatre propositions principales3 :

  • Dieu est unique et non-engendré. Tout ce qui est en dehors de lui est créé ex nihilo par sa volonté.
  • Le Logos est un intermédiaire entre Dieu et le monde, antérieur au monde mais non éternel : il fut un temps où le Logos n'existait pas.
    • Le Logos est donc créé, il est engendré mais cet engendrement doit s'entendre comme une filiation adoptive (Dieu inspire le Logos, le Christ, le Fils de l'Homme mais il est une créature naturelle et mortelle que Dieu a "pris sous son aile". Arius tente ainsi, d'un côté de relayer les idées de Celse sur la conception adultérine du Christ, sans s'attaquer directement à sa conception virginale et de l'autre à se protéger du blasphème d'un engendrement du Christ par le Père dans un acte physiologique).
    • Le Logos est alors faillible par sa nature, mais sa droiture morale l'a gardé de toute chute. Il est inférieur à Dieu, mais il est une créature si parfaite qu'il n'en peut être créée qui lui soit supérieure.

Les théories d'Arius se propagent d'autant mieux autour de la Mer Noire qu'Arius les met en musique dans une métrique correspondant aux ballades populaires. Il compose un ouvrage présentant sa doctrine, intitulé Thalie, mélange de prose, de vers et de chansons, aujourd'hui disparu. Il est difficile, au regard des sources dont nous disposons aujourd'hui à son sujet, de se faire une idée précise des ambitions d'Arius, mais il est probable qu'il nourrissait une jalousie teintée d'admiration à l'égard d'Origène, dont la doctrine influençait ses maîtres et imprégnait son époque. Cette lecture de sa philosophie permet peut-être d'expliquer la crise théologique sans précédent que celle-ci va susciter au sein du monde chrétien d'alors.

L'opposion arianistes et trinitaires

Les anti-subordinationistes trinitaires, dits ultérieurement « orthodoxes » (de la « juste foi » en grec, comme elle fut plus tard désignée) s’opposent à cette vision, ultérieurement qualifiée d’« hérésie », pour affirmer que « L'arianisme enseigne deux dieux, un incréé et un créé, un élevé et un subordonné ; on tombe ainsi dans le polythéisme. Selon les trinitaires, l’arianisme remet l’enseignement du salut chrétien en question. En effet, comme le comprennent les trinitaires, l'arianisme enseigne qu'outre Dieu pouvant sauver la création, une créature le peut aussi. Si Jésus est seulement de même nature que le Père ou si Jésus n'est pas consubstantiel au Père, en somme si Jésus n’est pas Dieu, les hommes ne peuvent devenir des enfants de Dieu. »[réf. nécessaire]

La querelle entre ariens et trinitaires prend rapidement une tournure politique.

Entre 318 et 325, une polémique initialement locale entre le patriarche Alexandre d'Alexandrie et Arius, s'envenime au point que l'empereur Constantin Ier, après avoir constaté l'impuissance des conciles locaux, prend le parti de réunir un concile œcuménique à Nicée, qui établira la première version d'une confession de foi. L'empereur Constantin Ier souhaite éviter les désordres religieux et soutient la tenue du concile de Nicée en 325 pour que l'Église unifie sa position.

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Le conflit avec l'évêque d'Alexandrie

En 314, le nouvel évêque d'Alexandrie, Alexandre d'Alexandrie et son secrétaire et fils spirituel Athanase, professent d'autres théories en ce temps où le débat christologique est animé. La christologie d'Alexandre professe que « Le Fils est une incarnation du Dieu d'Israël ». Sa théorie est assez proche de celles développées par ceux des gnostiques qu'on finira par nommer docètes. On aboutit vite à un rapport de force entre l'évêque Alexandre et Arius, simple prêtre. En effet Arius soutient que le "Fils" ayant été créé par le "Père", a pris naissance et n'est donc pas éternel, établissant ainsi une hiérarchie dans la relation Père-Fils. Alexandre d'Alexandrie lui opposait la doctrine du Fils éternel, immuable et de même nature que le Père.

Alexandre convoque donc un premier concile régional qui réunit sa centaine d'épiscopes en 318. Arius y est excommunié après avoir refusé de signer une profession de foi qui correspondait à une rétractation totale de sa théologie.

Concile de Bithynie

Arius se réfugie en Bithynie où il reçoit le soutien de l'évêque Eusèbe de Nicomédie, ville alors capitale de l'empire d'Orient. Proche de la Cour, Eusèbe jouit d'une réputation d'érudit qu'il met dans la balance pour pérenniser la cause d'Arius à une époque où le débat théologique est chose normale, aucune dogmatisation n'étant encore intervenue. Eusèbe motive d'autres prélats et, en vue d'atteindre un compromis, convainc Arius d'écrire une profession de foi. Arius maintient la supériorité du Père sur le Fils.

Ses vues sont déclarées acceptables par le concile de Nicomédie. L'excommunication prononcée précédemment par le concile d'Alexandrie est levée. C'est la première fois que le concile local d'une église locale lève l'excommunication prononcée par une autre ce qu'interdira, en 325, le concile de Nicée.

Tentatives de solution de la crise

Constantin qui s'intéresse depuis longtemps au christianisme, en garde auprès de lui un conseiller aux affaires spirituelles, Ossius de Cordoue, l'un des rares théologiens occidentaux de l'époque. Il le mandate pour enquêter sur les querelles alexandrines.

On est certain qu'il rencontra Alexandre et possiblement Athanase. On pense qu'il ne rencontra pas Arius ; le contraire eût été considéré comme une offense au puissant évêque monarchique. Toutefois, il s'embarque pour Antioche où Arius s'est réfugié. Il arrive pour la préparation du concile d'Antioche dans laquelle il compte bien intervenir.

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En 325, Arius a 70 ans. Ossius lui propose un troisième brouillon de profession qu'il a probablement préparé avec Alexandre et Athanase, en sorte que la situation se retrouve une station en arrière[pas clair].

Le texte d'Ossius prévoit :

  • Il reconnaît un seul Seigneur Jésus-Christ (en quoi la seigneurie se déplace du Père vers le Fils),
  • qui est fils unique engendré et non créé
  • le Fils existe depuis toujours (on reconnaît l'influence de la théologie de Jean),
  • il est immuable et inaltérable (en quoi on reconnaît l'influence du néo-aristotélisme),
  • il est l'image non de la volonté mais de l'existence réelle du Père.

S'ajoutent à la profession de foi une série d'anathèmes, c'est-à-dire de malédictions portées sur ceux qui seraient d'un avis différent. C'est la première fois que ce type de procédé est utilisé.

Du fait de la présence d'Ossius, envoyé de l'empereur, de nombreux évêques ariens se sont excusés, Paulin de Tyr par exemple. Or, Antioche est la métropole d'une région très étendue : la Cappadoce, le Liban avec Tyr, la Syrie, l'Arabie et les marches de la Perse. Ce territoire est très étendu mais pas énormément peuplé non plus que chrétien.

Il se trouve donc 60 évêques pour signer la profession de foi d'Ossius et trois pour la rejeter, Théodore de Laodicée, Narcise de Néromias et Eusèbe de Césarée. Tous trois sont excommuniés et anathématisés. Ossius avait prévu que l'idée qu'Eusèbe de Césarée pût être excommunié ferait le tour du monde connu en un rien de temps et il imaginait que cela nuirait à sa réputation et affaiblirait sa crédibilité de théologien. Mais le concile d'Antioche laisse une porte de sortie, prévoyant une prochaine réintégration, au Concile d'Ancyre (Ankara) qui procédera à l'élection du successeur de Philologion d'Antioche.

Le concile de Nicée

Constantin surprend tout le monde en déplaçant le concile de 300 km d'Ancyre à Nicée. Les 400 convocations pour le concile de Nicée, doivent parfois rattraper en cours de route les évêques déjà partis pour Ancyre. À cette occasion, le concile, jusqu'ici local et destiné à régler des questions locales dans la vie d'une église, se mute en concile oecuménique de toutes les églises et par la même occasion en un tribunal qui condamnera Arius en 325. Les évêques présents y adoptent le terme homoousios (traduit par consubstantialité) signifiant que le Fils est de même substance que le Père.

Anathématisé et exilé en Illyrie, Arius demeure soutenu par Eusèbe de Nicomédie, devenu évêque de Constantinople qui le fait rappeler d'exil par Constantin.

Arius meurt subitement d'une violente colique en l'an 336, lors d'une dernière tentative de conciliation. Ses partisans prétendirent qu'il avait été empoisonné, et ses adversaires virent dans cette mort inattendue une punition de Dieu.

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Les diverses tendances de l'arianisme après le concile de Nicée

Le parti arien, lors du concile de Nicée de 325, se divise en deux camps. D’un côté, les homéens, arianistes au sens strict, pensent que le Père est Dieu, le Fils, homme, et qu'il est subordonné au Père. Certains vont plus loin, avançant que le Père et le Fils n'ont absolument rien de commun : ils se disent anoméens. Face aux ariens, la tendance orthodoxe est elle aussi divisée, entre les Nicéens stricts, dits homoousiens (du terme grec « ousia » qui signifie « substance » avec le préfixe homo- « même »), pour qui Père et Fils sont consubstantiels, et Nicéens modérés, dits homoïousiens, (le préfixe homoios signifiant « ressemblant ») selon qui Père et Fils sont semblables mais non consubstantiels.

Suivant le prologue de l'évangile selon Jean, le second arianisme, celui d’Aétius, considère que Jésus est un homme dans lequel s'incarne la Parole de Dieu.

Après Arius, les penseurs de l'arianisme sont Eusèbe de Nicomédie, Eunomius, l'« antipape » Félix II (353-365), l'archevêque Wulfila, le patriarche de Constantinople Macédonius (342-346 et 351-360) et le patriarche Eudoxe d'Antioche (360-370), Démophile (370-379).

Le second arianisme voit s'opposer les conciliateurs orientaux (Basile de Césarée, Grégoire de Nysse et Grégoire de Nazianze) aux intransigeants occidentaux, comme Ambroise de Milan.

Les opposants au dogme de la consubstantialité adopté au concile de Nicée se répartirent en trois tendances :

  • l'homoiousisme : favorables à la thèse de la substance semblable du Fils à celle du Père ;
  • l'homéisme (arianisme historique) : favorables à la thèse de la ressemblance du Fils au Père, évitant de sonder le mode de cette ressemblance ;
  • l'anoméisme (arianisme radical) : favorables à la thèse de la dissemblance du Père et du Fils (leur ressemblance n'est qu'une façon de parler).

Il y a aujourd'hui consensus pour réserver le mot d'« arianisme » à Arius lui-même et à ceux qui ont partagé sa position doctrinale, et pour parler plutôt d'« homéisme » (et d'« homéens ») quand il s'agit du courant ultérieur qui a eu une grande influence dans l'Antiquité tardive et au début du Moyen Âge4.

Du concile de Nicée au concile de Constantinople, 50 ans de controverse

Après Nicée, Constantin favorise le parti d’Athanase d'Alexandrie qui avait procédé à l'excommunication d'Arius. C'est à l'occasion de ce concile que l'arianisme est qualifié d’« hérésie », mot qui prend à cette occasion un sens péjoratif. Mais c’est peut-être par un évêque arien, Eusèbe de Nicomédie, que Constantin se fait baptiser sur son lit de mort.

Les empereurs qui lui succèdent varient entre le soutien aux orthodoxes ou aux ariens. L’arianisme domine l’histoire de l’Église institutionnelle au IVe siècle. Il est bien implanté dans la maison impériale et donc soutenu par le pouvoir. Les trinitaires, tels qu’Athanase, ont des difficultés à obtenir des places, jusqu'à ce qu’ils obtiennent le siège d’Alexandrie, c'est-à-dire le pouvoir sur l’Égypte.

Entre 325 et 361, soutenus par l'empereur Constance II, les ariens rétablissent leur prépondérance politique et religieuse, notamment au cours de différents conciles de Sirmium. Constance II soutient l’arianisme, probablement plus pour des raisons politiques que religieuses : se trouvant à Arles en Provence, il décide qu'un concile s’y tiendra pour mettre au pas le patriarche Athanase d'Alexandrie qui s’oppose certes à l’arianisme, mais surtout à l’autorité de Constance II. C’est le concile d'Arles de 353, présidé par l’évêque d'Arles Saturnin. Constance II en arbitre les séances et réclame la condamnation d’Athanase. Saturnin d'Arles, évêque d'Arles, est le porte-drapeau de l'arianisme en Gaule, de 353 (date du concile d'Arles) jusqu'au concile de Paris en 361.

Julien, lui, n’apprécie pas la religion chrétienne, et n’est sans doute pas fâché d’envenimer les conflits au sein de l’Église : il revient sur ces dispositions.

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Postérité

Dans l'Empire

Constantin se fit baptiser sur son lit de mort par un évêque arien, Eusèbe de Nicomédie4. Constance, son fils et successeur ainsi que les empereurs Constance II et Valens qui régnèrent sur l'Orient furent également ariens et la controverse trinitaire se poursuivra pendant plus de cinquante ans, jusqu'au concile de Constantinople en 381.

Aux frontières de l'Empire

L'action de l'évêque arien Wulfila (311-383) entraîna la conversion à l'arianisme des peuples germains. En 589, Récarède Ier, roi Wisigoth d'Espagne, sera le dernier souverain à se convertir à la foi de Nicée.

L'évangélisation des « peuples barbares » au christianisme arien

Quelques années plus tard, l’empereur d’Orient Valens favorise à l’inverse certains évêques ariens. Au milieu du IVe siècle, les évêques Photin à Sirmium, Valens à Mursa en Pannonie et son voisin Ursace à Singidunum en Mésie sont ariens. Cet ancrage arien proche du Danube concourt à la conversion à l’arianisme des Wisigoths et des Vandales par l’évêque mi-goth mi-grec Wulfila.

Enfin, de 361 à 381, les trinitaires contre-attaquent. L'empereur Théodose Ier qui leur est favorable convoque le premier concile de Constantinople qui tranche en faveur de l'orthodoxie trinitaire et antisubordinatianiste et trinitaire, selon le dogme proclamé par le Symbole de Nicée-Constantinople.

Expansion puis disparition de l'arianisme

Le Ve siècle vit les migrations des peuples fédérés installés jusque là sur les marges de l’Empire romain ; or ces peuples sont christianisés ariens. Seuls les Francs étaient restés fidèles à la religion germanique.

Les goths qui s'installèrent en Aquitaine dès 418 étaient ariens, de même que les Burgondes implantés dans la vallée du Rhône vers 434 et que les vandales quand ils prirent Carthage en 4385. Les Wisigoths convertirent à leur tour les Suèves au Ve siècle, lors de leur domination en Hispanie et en Gaule. Les nouveaux venus se heurtèrent à l'épiscopat nicéen qui était le refuge privilégié des cadres de la civilisation romaine du Bas-Empire romain.

La donne changea avec l'avènement du roi des Francs Clovis, qui opta vers 500 pour le christianisme nicéen et put ainsi s'appuyer sur cette subsistance de l'administration romaine lors de sa conquête de la Gaule. Les rois Burgondes se convertissent vers 502 après leur alliance avec les Francs ; puis une partie du royaume wisigoth est conquise à la bataille de Vouillé et doit également rejoindre le christianisme nicéen.

Au VIe siècle, le royaume vandale d'Afrique et le royaume ostrogoth d'Italie disparaissent lors des reconquêtes de l’empereur d’Orient Justinien Ier. Le rois des Wisigoths d'Hispanie Récarède se rallie à la foi de Nicée lors du IIIe concile de Tolède en 589. Chez les Lombards d'Italie, l'arianisme ne disparut que dans la seconde moitié du VIIe siècle.

Les définitions du credo

De plusieurs façons, le conflit autour des croyances d’Arius durant les quatrième, cinquième et sixième siècles contribue à définir le caractère central de la trinité chrétienne dans le flux principal de la théologie chrétienne. En tant que premier conflit majeur interne après la légalisation du christianisme, la lutte entre Nicéens trinitaires et partisans d’Arius laisse une profonde impression sur la mémoire institutionnelle des églises.

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L’emploi du terme arianisme comme épithète polémique peut prêter à deux types d’amalgames et d’anachronismes.

Le premier type d’amalgame anachronique, très fréquent dans la littérature historique, religieuse ou non, consiste à opposer les arianistes soit aux « catholiques », soit aux « orthodoxes », termes dont l’emploi séparé suppose que l’une de ces Églises et une seule, celle qui est citée, est l’unique continuatrice de l’Église du IVe siècle. L’emploi d'un seul de ces termes rejette l’autre (ainsi que les anglicans et les protestants) dans la même « illégitimité » que celle prêtée aux arianistes. Or avant le schisme de 1054 on ne peut pas encore parler de « catholiques » ni d’« orthodoxes » séparément : si, par crainte des anachronismes, l’on se refuse à employer les termes de « trinitaires » ou de « nicéens », il faut alors utiliser celui de « catholiques-et-orthodoxes » avec des traits d’union, puisque ces deux adjectifs signifiant « universels et justes-croyants » étaient employés ensemble dans l’Église du premier millénaire6.

Le second type d’amalgame anachronique concerne les groupes de chrétiens qui ont cru ou croient, comme l’arianisme, que Jésus ne devient de condition divine qu’à travers l’exaltation ; qu’il n’est pas le Dieu, mais une personne distincte et subordonnée au Père ; qu’il fut un temps où Jésus n’existait pas, n’ayant pas encore été créé. Établir un parallèle entre ces groupes et les ariens peut être utile pour distinguer les anti-trinitaires entre eux, mais malgré la fréquence de l’emploi du terme comme épithète polémique, il n’y a pas de survivance historique continue de l’arianisme jusqu’à notre époque : les groupes ainsi étiquetés n’ont pas des croyances identiques à l’arianisme. Pour cette raison, ils n’utilisent pas ce nom quand ils se désignent eux-mêmes, même s’ils reconnaissent que leurs croyances sont en accord sur certains points, ou globalement semblables à l’arianisme.


En 1553, le savant espagnol et réformateur protestant Michel Servet, vu par beaucoup d’unitariens comme une figure fondatrice de leur mouvement7 et auteur de l'ouvrage De trinitatis erroribus (Les Erreurs concernant la Trinité)8, est condamné à mort et brûlé par ses coreligionnaires réformateurs, dont Jean Calvin, pour « hérésie » antitrinitaire, sa christologie étant similaire à l’arianisme.


Ceux dont les croyances religieuses ont été comparées à celles des arianistes sont, entre autres :

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