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Depuis quelques mois, des parents voient avec inquiétude leur adolescente se convertir à un islam extrémiste, jusqu’à envisager de partir en Syrie. Serge Hefez, thérapeute familial, a suivi plusieurs de ces jeunes filles et leur famille. Où l’on découvre qu’il n’est pas tant question de religion que d’adolescence… Connectée et radicale.

« Chaque histoire est différente, mais on retrouve des constantes : des parents médusés découvrent que leur ado a une deuxième vie virtuelle, cachée, islamiste. Bien moins malmenées par la vie que d’autres, certaines adolescentes s’enflamment pour une cause qui présente surtout l’immense avantage de les opposer en tout point à leurs parents. Sans se rendre compte qu’elle est mortelle… »

Pauline

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« Mère enseignante, père informaticien : Pauline, 15 ans, élève brillante, est l’aînée d’une famille ordinaire où tout pourrait aller bien. Pourtant, rien ne va plus depuis qu’elle a décidé de se convertir à l’islam. Sa mère, qui s’est extirpée avec rage d’une famille catholique intégriste, ne comprend pas ; son père, athée revendiqué, s’oppose catégoriquement au choix de sa fille. Naturellement, moins Pauline en a le droit, et plus elle se radicalise : elle se voile, ne mange plus de porc, prie ostensiblement dans le salon, ne voit plus ses copains, finit par refuser d’aller au lycée et passe sa vie sur Internet, où une petite horde de “soeurs” la soutient dans son combat héroïque. Elle croise sur la Toile un Syrien exalté avec qui elle se fiance, puis se “marie”, sans jamais l’avoir rencontré dans la vraie vie. C’est le père qui découvre le pot aux roses : à la suite d’une énième dispute, en fouillant dans l’ordinateur de Pauline, il tombe, sidéré, sur le deuxième profil Facebook de sa fille, cachée sous un tchador, dont il reconnaît seulement les yeux verts. Ses intentions sont claires : dès qu’elle le pourra, elle partira en Syrie pour rejoindre son “mari” et sauver les enfants massacrés par le pouvoir en place.

Affolés, les parents font appel au Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam et s’engagent, avec leur fille, dans un processus de déradicalisation. C’est dans ce cadre que je les reçois. Dès la première séance, il est clair que Pauline a choisi ce qu’elle a trouvé de plus déflagrateur pour s’opposer à son père : “De toute façon, il n’en a rien à foutre de moi.” La mère prend systématiquement la défense de son homme. Quand je demande au père ce qu’il ressent, il répond qu’il n’est pas “habitué à se pencher sur ce qu’il ressent”, avant de décréter d’un ton docte : “Je pense que Pauline…” Je l’interromps pour lui signaler que, visiblement, sa fille est plus intéressée par ce qu’il ressent que par ce qu’il pense. Ça le laisse perplexe. C’est l’histoire assez banale d’une adolescente en crise qui se forge une identité de substitution pour rationaliser le malaise qu’elle ressent à l’intérieur de sa famille. J’ai vu des centaines de Pauline se séparer de leur famille en en trouvant une autre dans la musique, le sport, les tatouages, la drogue, la sexualité, les fringues, la bande…

Ce qui rend la situation périlleuse pour cette Pauline-là, c’est l’arrière-plan djihadiste, et cette certitude qu’elle détient “la” vérité, de façon encore plus virulente que son père, dont l’athéisme frise pourtant l’intégrisme. Elle se met hors d’atteinte en se cantonnant dans une foi inébranlable, proche du délire : elle n’est pas dans la séparation, mais dans la rupture… Je les reçois à plusieurs reprises. Au fur et à mesure qu’ils comprennent tous les trois à quel point la présence d’un père capable de partager des émotions a manqué à Pauline, la jeune fille se transforme. Même si elle revendique une envie de spiritualité, elle croit de plus en plus à son père, et de moins en moins en Allah. Elle a laissé tomber son “mari” et le circuit Internet, dont elle a pris conscience de la violence grâce au travail de groupe du CPDSI : eux ont travaillé sur les effets de la crise, et moi, sur le terreau familial dans lequel elle a pris racine. Le père a bougé ; ça a fait bouger la mère ; les enfants ont suivi le mouvement ; et les liens ont pu recommencer à vivre sans que Pauline ait besoin de les rompre. À ce jour, le danger semble écarté. »

Tag(s) : #islam, #terrorisme, #manipulation, #éducation & santé mentale

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