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Lettre ouverte en réponse aux défenseurs de l'islam pluriel

N'assiste-t-on pas à un nivellement de l'islam sunnite par le salafisme pour des raisons économiques et de prestige historique, en ces heures qui suivent la pensée "arabomusulmane" post-coloniale? Ne peut-on pas dire que le reste du monde musulman a abandonné au salafisme la question du fiqh?

L'islam pour la jeunesse, se résume à la vie du "prophète", autrement dit, la pureté appartient aux muhâjirûn auxquels les saoudiens sont associés, les autres peuples étant analogiquement des ansars. Jusqu'ici, en France, les mosquées sont pleines de ces intégristes, qui revendiquent la foi pure. Les librairies musulmanes sont le reflet de l'islam du XXIe siècle; elles sont vides de l'héritage des mutazilites, et pleines de légitimation du littéralisme. Il ne faut pas s'étonner que l'on le juge l'islam, alors, d'après le texte.

Le discours sur "l'islam n'est pas le reflet du texte coranique et de la sunna" est de moins en moins vrai, et n'a pour but que de sous-entendre que l'islam est divers, et donc ouvert. C'est le discours de ceux qui veulent le sauver, pas de ceux qui en font l'inventaire.

Si j'en juge par les philosophes arabes, il faut se détacher du texte: ils n'ont pas l'air d'être suivis. Si j'en juge par les soufis, il faut se conformer à la loi, mais ils ne rentrent pas dans le débat de son élaboration.

Au final, la légitimité dans l'ère de la mosquée revient aux littéralistes, qui ont le privilège d'être irréprochables au regard des "sources saintes". C'est sans doute ce qui leur donne une telle aura. Avec des moyens financiers, ils sont logiquement parvenus à établir leur hégémonie sur la umma, et personne ne se lève pour la contester: le silence est d'or.

Pourquoi? Parce qu'intérieurement, ce qui travaille les musulmans en désaccord, c'est le rejet d'une bonne partie du texte, et donc des pratiques hérités, auxquelles ils préfèrent d'autres pratiques, héritées du bon sens et de la fierté nationale.

Il ne reste plus qu'à interpréter, envers et contre Al-Azar et les madrasa saoudiennes et yemenites, tout en disant que cela n'appartient qu'à soi, à sa guidance personnelle, sans rentrer dans l'arène, aussi nauséabonde que celle des politiciens. Et le mouvement d'ensemble est structurellement à la faveur des conservateurs, comme dans toute religion.

Vous voudrez dire qu'il existe plusieurs islams, pas seulement le sunnisme.

Vous reconnaîtrez alors que vous parlez de tout ce qui sort du sunnisme. Mais par là-même, nous avons les ersatz de la pensée de Farabî, qui prônait pour le peuple de suivre la guidance d'un ra'is illuminé par la science, ce que propose notamment le chiisme, ce qu'il tente d'établir non par la science mais par le mysticisme, la foi, car seul le gouvernant est gardien de la science, le peuple, fidèlement à Farabî, demeure prisonnier de la caverne.

Mais quoi qu'il en soit de ces mouvements, c'est avec le sunnisme que nous avons un problème évident, les autres tendances étant des résistances à cette pieuvre moralisatrice et impérialiste.

Je crois que Michel Onfray est conscient que c'est avec eux que nous sommes en rapport de force. Vous partez du principe qu'il faut sauver l'islam, je pars du principe qu'il faut s'en détacher. Comme disais Jésus "un arbre mauvais ne donne pas de bons fruits". Mais cette analyse m'appartient en propre. Faute d'avoir eu l’expérience de rencontrer des intellectuels éclairés de l'islam, j'ai par contre assisté au prêche d'Hani Ramadhan, et je peux dire qu'il travaille tout aussi énergiquement, avec les Frères Musulmans, et avec plus de retombées, à faire évoluer l'islam.

Je remarque que les alevis se sont détachés de l'islam, jusqu'aux 5 piliers même. C'est une bonne chose.

Cela n'empêche, les alevis sont-ils musulmans? Posons la question aux sunnites, nous verrons bien comment se présente la question de l'appartenance à l'islam dans le "monde musulman". Nous pourrons alors comprendre à qui nous avons affaire aujourd'hui, autour de nous, et adopter une attitude adaptée.

Allons voir dans nos mosquées si nous avons affaire à des alevis ou à des sunnites.

Pour ma part, dans ma ville, ils n'écoutent même pas les anashid, les considérant comme impurs, et n'écoutent que des CD du Coran récité.

Je ne dis pas que ce sont les "vrais", je ne dis pas que leur islam est légitime, je remarque qu'il domine le mouvement global, planétaire, et influence les mouvements bellicistes. Je fais un constat sociologique: aujourd'hui, dans la umma, on assite à une course à la légitimité par l'intolérance et la violence envers tout ce qui n'est pas islamique. Les alevis ne manqueront pas d'en faire les frais, comme les chiites.

Bien sûr, beaucoup de musulmans ne se reconnaissent pas dans cette course, mais énormément d'entre eux sont tout de même influencés par les médias arabes, qui souvent véhiculent ce littéralisme, qui défini en lui-même le sens du mot sunnisme.


Qu'il existe d'autres mouvement est une bonne chose, qu'ils se portent bien l'est aussi, mais ils ne se heurteront jamais à ce lobby intégriste péninsulaire: d'abord parce qu'ils ne se sentent pas capables de lui résister autrement que de manière défensive et dans le repli, ensuite parce qu'ils sont tenus à la solidarité de la umma pour ne pas être encore plus considérés comme déviants, et donc combattus, fusse par la force.

Et le chiisme?

Je ne l'ignore pas, je vous ai dit d'ailleurs comme je pense le chiisme héritier de Farabî. Mais je ne crois pas que l'Iran fasse preuve de prosélytisme religieux. Je n'en ai pas l'impression. Au contraire, on observe en France que beaucoup de familles chiites ont basculé dans le sunnisme ces 25 dernières années.

Il est d'ailleurs très difficile de trouver des sources chiites dans les librairies.

Cela dit, nous avons bien le centre Zahra, dans le Nord de la France. On peut dire qu'ils sont engagés politiquement, particulièrement dans l'antisionisme (Dieudonné)

Ici, ce n'est pas à la portée de tous les musulmans que de trouver des ouvrages décents dans les librairies spécialisées.
J'ai quand même l'impression qu'il y a moins de visibilité au chiisme, et que le débat ne peut avoir lieu avec le sunnisme, car le chiisme s'enracine dans la mystique. De fait, ils ne fréquentent pas les mêmes mosquées. Celles qui sont dans ma région, le fait est là, ne sont ni chiites, ni alevi.

Je parlais des librairies spécialisées, tenues par des musulmans. A Trappes il ya Nur al-Hidaya. A Paris, dans les quartiers nord, il y en a plusieurs. Mais ceux qui vont en librairies généralistes ont plus de chance de trouver de bons ouvrages, c'est tout à fait exact.

On me parlera de la beauté de l'islam avec des figures comme Hallaj.

Hallaj, martyr de l'expérience spirituelle individuelle, encore une victime de la politique religieuse.
Je dois dire que Michel Onfray a raison de s'interroger sur la soutenabilité de l'islam, dans sa compréhension sunnite, en ce qu'elle persécute la pensée et l'expérience.

Bien sûr, ne débattons pas, puisque "ceux qui savent" estiment qu'il n'y a pas débat!

Vous arguez qu'il n'y a pas que le Coran pour connaître l'islam? C'est certes vrai. Voudriez vous que l'on parle de la sunna, plutôt? Sur les règles de vie et de rite? sur les règles de la guerre? Il dit simplement que l'islamisme a au combien à voir avec l'islam, qu'il y est enraciné. Il montre, ce Michel Onfray, que l'islamisme est l'épicentre de l'islam, ce que défendaient les vieilles traductions généralistes du coran.

Quant au reste de l'islam, non fondé sur sur les sources tels que haddith, tafsîr, fiqh... quant à la pensée sur le monde et la société, rappelons que tous les mouvements se sont entendus pour laisser disparaître le mutazilisme, dont l'absence de postérité formelle montre un certain état d'esprit partagé: tout relève du révélé, qui n'est pas puissance imaginative d'évocation, mais vérité absolue incritiquable.

Je vous adresse le même reproche qu'aux intégristes: tous, vous vous évertuez à dire: ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas. Et ainsi, vous-même étant plongés dans le silence et la défense, ne faites pas faire de progrès sur le terrain de la théologie et de la discipline qui en découle, dans une optique modernisatrice. Ainsi donc, par le silence des critiques que vous exigez par votre élitisme, vous êtes co-responsables de cette stagnation.

Je pense que la religion est un bon moyen de nous faire du mal, de nous priver de nos aspirations naturelles, de nous forcer à obéir, de justifier des pulsions de violence, d'intolérance et de répression. Je pense que la religion est de trop à notre époque. Je pense que l'islam n'a pas été exposée à la mutation vers la modernité des quatre derniers siècles, et qu'elle jouit d'un retour en grâce par la manne pétrolière, envers et contre la raison.

En somme la mystique n'est rien que la conviction égotique de la pertinence objective d'une imagination personnelle.

Tag(s) : #islam, #histoire, #cognition & croyances, #société

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