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Pour leur toute première action publique, les Femmes sans voile avaient choisi hier le marché d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). L'occasion privilégiée pour ce nouveau collectif de rencontrer des femmes avec ou sans voile et d'engager le débat. Ce mouvement est né lors de la Journée de la femme, le 8 mars, au Canada.

 

Il a trouvé un écho dans cette ville de la banlieue nord de Paris où 36 % de la population est étrangère. Jusqu'à présent discrètes, les Femmes sans voile ont maintenant pour visage celui de Nadia Benmi, 60 ans, et de Nadia Ould, sa cadette, musulmanes d'origine algérienne et vivant à Aubervilliers. Des marguerites piquées dans leurs cheveux, symboles de leur collectif, elles sont sorties, non sans appréhension, de l'anonymat.

« Les seules qui s'expriment sont celles qui se voilent, estiment-elles. Les autres ne disent rien depuis longtemps. » Surtout, elles ne supportent plus certains comportements hostiles, au sein même de leur communauté. « Nous sommes victimes d'agressions verbales et de pressions constantes dans la rue car nous ne portons pas le voile. » Ni pasionarias, ni militantes obtuses, elles préviennent : « Nous ne stigmatisons pas ces femmes. Mais elles doivent savoir qu'avant d'être religieux, le voile est une discrimination. »

Safia, 62 ans, pratiquante, renchérit : « Maintenant, les femmes aussi nous font des réflexions. Sur le marché, une vendeuse m'a accusée de ne pas respecter ma religion car je n'étais pas couverte. » Une autre a dû descendre d'un bus sous les quolibets des passagers masculins scandant « Allah Akbar » (« Dieu est grand »).

Mais hier, le dialogue se noue sans animosité avec les « soeurs » voilées. Elles esquivent les militantes ou elles replient poliment le tract. Sanna, drapée dans un hijab mauve, ne se dérobe pas : « Je conduis, je travaille, je suis autonome. Ce n'est pas parce qu'on porte le voile qu'on est soumise. » Elle précise : « Je suis contre le niqab (NDLR : le voile intégral). Et quand je reprendrai mon travail en crèche, j'enlèverai mon hijab. Je respecte la loi française. » Yasmine, 17 ans, s'insurge car ses copines ont été obligées à 13 ans de porter un foulard. « Leur père leur disait : Si tu portes ça, tu seras fidèle à ta foi . Elles le font, mais le lâchent dès que leur père est loin. » Les cheveux blonds au vent, Audrey-Waarda (son prénom musulman), jeune convertie de 27 ans, confie qu'elle se voile de plus en plus : « C'est un choix personnel. Mon mari est même contre. Sans voile, je me sens nue. » Sanna vient à la rescousse : « C'est une obligation dans le Coran. » Nadia prend un ton plus professoral pour convaincre ces jeunes femmes du contraire. Pendant que se confrontent ces deux points de vue, les deux Nadia savourent leur petite victoire : « Nous avons réussi à ouvrir le débat. Même si on ne les fera pas changer d'avis. »

Tag(s) : #islam, #République -Laïcité, #Libertés, #Féminisme

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