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Depuis les tueries de Paris, la laïcité se retrouve de nouveau au centre du débat. Beaucoup voudraient faire de ce précieux principe de vivre-ensemble une arme de guerre idéologique, l’étendard d’un sentiment de supériorité « occidentale », d’autres encore préfèrent la nier, et inciter au communautarisme, par intérêt. La laïcité serait-elle devenue le cache-sexe d’une violence politique ?

Ce n’est pas nouveau mais ça s’aggrave. Depuis des années, la laïcité est instrumentalisée pour imposer un ordre politique très éloigné de l’esprit de la loi de 1905, fondatrice de la laïcité en France. Les récents évènements tragiques et leurs suites mettent au jour les conceptions très différentes de la laïcité. D’outil d’émancipation collective, elle devient arme de combat contre une partie de la population ou bafouée au nom d’une vision communautaire de la société, et parfois les deux en même temps. Nicolas Sarkozy aime jouer avec la laïcité au gré du temps. Alors qu’en 2007, il voulait une laïcité perméable à l’influence religieuse, déclarant que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur », les récents évènements le font revenir sur la ligne dure. Il demande désormais que « le champ d’application du principe de laïcité soit étendu aux accompagnateurs bénévoles des sorties scolaires ainsi qu’à l’université pour les étudiants ». La laïcité contre les religions.

Mme Le Pen a, pour sa part, commencé à promouvoir la laïcité le jour où elle a compris qu’elle pouvait en dévoyer le sens et l’utiliser comme une arme contre les musulmans. Elle développe ainsi depuis plusieurs années la conception d’une laïcité agressive qui conserve les acquis de la religion catholique tout en empêchant le libre exercice du culte musulman, pourtant garanti par la loi de 1905 dont elle se réclame.

L'Humanité: Laïcité, ce miracle qui nous fait vivre ensemble

JAURÈS, EN 1905, PRÔNAIT UNE LAÏCITÉ INCLUSIVE ET NON EXCLUANTE POUR PACIFIER LES RELATIONS ENTRE RELIGIONS ET ÉTAT ET POUVOIR S’ATTAQUER À LA QUESTION SOCIALE.

La leader de l’extrême droite, en prenant en permanence les musulmans comme une communauté homogène, joue en fait le jeu du communautarisme qu’elle prétend combattre. La laïcité suppose en effet que les citoyens soient vus comme tels et non d’abord comme des croyants.

Mais la rhétorique guerrière et communautaire infuse jusqu’au gouvernement. Dans son discours devant l’Assemblée nationale, le 14 janvier dernier, le premier ministre, Manuel Valls, tout en faisant de la laïcité le coeur de son discours, n’hésite pas à parler de « Français juifs » ou à sommer les musulmans d’avoir un « débat au sein même de l’islam », communautarisant et contrevenant ainsi à la séparation des églises et de l’État. Au journal de 20 heures de France 2, David Pujadas n’hésite pas non plus à parler d’un docteur « musulman marié à une Française ».

Ces coups de canif dans l’esprit républicain et laïque vont jusqu’à la négation de la laïcité, autre travers du temps. Ainsi, ces dernières semaines, plusieurs dirigeants socialistes dénoncent à voix basse le communautarisme électoral pratiqué dans certaines municipalités par leur parti. Ce communautarisme et cette ethnicisation des rapports sociaux ont, pour beaucoup de monde, le mérite de mettre un écran de fumée devant la lutte des classes. C’est précisément ce que voulait éviter Jean Jaurès lors du débat sur la loi de 1905, en prônant une laïcité inclusive et non excluante pour pacifier les relations entre religions et État et pouvoir s’attaquer à la question sociale.

 

L'Humanité: Laïcité, ce miracle qui nous fait vivre ensemble

Si, comme le souligne Jean Baubérot, historien de la laïcité, « l’attaque de la rédaction de “Charlie Hebdo” et de l’hypermarché casher a atteint les deux finalités de la laïcité qui sont la garantie de la liberté de conscience et le principe de non-discrimination », ce sont en réalité les suites des événements qui ont fait réagir les pouvoirs publics.

Les entorses aux minutes de silence dans certains établissements et le fait que des élèves puissent plus facilement se référer à un texte religieux qu’à la devise républicaine ont souligné les lacunes de l’apprentissage laïque à l’école. Najat Vallaud-Belkacem a ainsi annoncé une série de mesures censées y remédier. Bien que l’initiative ne soit sans doute pas inutile dans le vide actuel, plaquer un catéchisme républicain sur une réalité sociale qui ne bouge pas pourrait s’avérer contre-productif.

Comme le soulignait Jean Jaurès, lors du débat du début du siècle dernier, « laïcité de l’enseignement, progrès social, ce sont deux formules indivisibles ». Or, que vaut la devise républicaine pour des élèves qui ne vivent ni la liberté, ni l’égalité, ni la fraternité au quotidien. Le volet « social » reste pour l’heure le parent pauvre des annonces gouvernementales. C’est pourtant en réalisant l’idéal républicain dans les faits que la laïcité redeviendra un pilier de la société, qui nous permet, à tous, de vivre ensemble.

 

Cédric Clérin, de l'Humanité Dimanche

http://www.humanite.fr/laicite-ce-miracle-qui-nous-fait-vivre-ensemble-564255

Tag(s) : #Libertés, #République -Laïcité

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